“La fête des étoiles” expo 2026
Les mots sont mes compagnons d’enfance. Promenade de conte en légende, après-midi au dictionnaire, ils n’ont rien d’abstrait pour l’enfant solitaire. Trésors, gris-gris, laissez-passer qui ont poids et couleurs, dimensions, musique. Certains amulettes, d’autres maléfices, ils me sont toujours sortilèges, assemblés ou isolés.
Le murmure de voeux secrets, la confiance dans la prière, la supplique, si elle formulée dans les règles du merveilleux, appartiennent aux silences de l’enfance.
La croyance en leur protection est toujours là, moi moins petite. Encore aujourd'hui j’ai besoin de la superstition quand elle est poésie. Quand elle n’attise pas les peurs mais qu’au contraire elle console, répare et protège.
Et s’ils ne perdent pas leur magie une fois prononcés, les mots silencieux ont ma préférence, un mot caché est une promesse, d’aventure, de passage qui se fait, de grotte conquise.
Un mot caché, un mot confié… à la petite qui sourit, au père annuel, à celui qui à de bons yeux, au vent du nord, à d’autres encore.
Mon travail plastique cherche à donner forme ou transparence aux mots, à les déguiser et à les faire deviner. Mon approche n’est pas littérale mais ils sont bien là.
Quelque part.
Écrire son mot, son voeu, son poème, son rêve, le confier à un arbre est une pratique qu’on retrouve dans de nombreuses traditions et festivités. Je m’inspire pour cette installation de Tanabata Matsuri, la fête des étoiles.
Puisant ses racines dans les traditions chinoises et japonaises, la légende de Tanabata nous raconte l‘histoire d’amour tragique entre deux étoiles : Orihime (Véga) et Hikoboshi (Altaïr), cruellement séparées par l’immensité de la Voie lactée. Orihime, princesse au talent inestimable et fille du dieu des cieux, passait ses journées à tisser des étoffes d’une beauté sans pareille, ravissant les habitants du monde céleste. Son destin croisa celui de Hikoboshi, un bouvier dévoué et laborieux, et ils succombèrent à un amour passionné et aveugle, négligeant alors leurs obligations. Les tissus d’Orihime perdirent leur splendeur et les bœufs de Hikoboshi s’égarèrent, semant la confusion dans les cieux. Furieux face à cette insouciance, le père d’Orihime sépara les deux amants par une rivière céleste infranchissable, la Voie Lactée. Condamnés à l’éloignement, Orihime et Hikoboshi ne pouvaient que pleurer leur amour perdu. Touché malgré tout par la tristesse de sa fille, le dieu des cieux consentit à accorder aux amants une rencontre annuelle. Chaque septième jour du septième mois, ils sont autorisés à se retrouver, à condition d’avoir accompli leurs tâches avec diligence tout au long de l’année.
Les tanzaku, des petites cartes rectangulaires sur lesquelles on écrit le vœu, elles sont ici réalisées en porcelaine-papier. Le visiteur peut écrire avec un feutre blanc pour le cacher, ou le laisser lire avec un feutre rouge. Des branches et des lianes suspendues et mêlées reçoivent les tanzaku.
Y sont accrochées des étoiles de porcelaine de différentes tailles. Le motif de l’étoile à été emprunté au livre pour enfants L’Étoile de Mo deju Choi. Je voulais une forme d’étoile avec la dimension magique, espérante, féérique.
Fragile été exposition 2025
L’été est ma saison d’enfance. J’y reviens, j’en repars, et j’y reviens, fragile et invincible. Ces pièces sont nées de songes, de sable et de sel, de ces sensations de bord de mer qui me ramène toujours au même endroit, au même temps. Elles tentent de donner une forme à l’éphémère qui par magie recommence pour finir.
___ Mes jambes salées projettent leurs ombres étirées au retour de plage. Sur le chemin, le sable et le sel crissent.
Ah ! La jolie crasse…
Reine de l’été, mica paillette au coin de la paupière, je serre les poignées de sable que j’aimerai garder et en faire des colliers. L’instant devenu pierre. Arrêter le temps. Garder aussi le rose sans égal de la nacre coquillage, petit fantôme de mer.
Les jours de soleil ne sont jamais pareils et pourtant je les confonds. J’essaye de les marquer d’une trace d’ongle. Lignes échappées d’un spirographe déréglé. Les assembler en une longue tresse qui s’enroule sur elle même, à n’en plus voir la fin.
Vagues lentes et définitives qui effacent mes tentatives d’inscrire et de retenir. Le vent passera par là aussi. Oubli tous les jours, oubli pour toujours.
Tâches d’eau, flaques de soleil. Clapotis silencieux qui zèbrent la rétine, reflets sous la chaleur ici reine, ici pleine. L’œil ébloui par les retenues salées, enrochées, petites mais multiples.
Miroirs à n’en plus voir la fin. Petites échappées vers la grande infinie.
“D’or & d’os” installation 2023
Végétaux secs, grès&porcelaine, tissus, perles… Fragilité et magie, chamanisme, délicatesse. Avec peu de choses je cherche la magie, la poésie. Un dénudement.
Poésie de peu, mélancolie.
Arbre magique, ex voto, amulettes et talisman. Le végétal sec devient ossements.
La parure du tissus et des bijoux renforce le suranné. Enrouler, de la laine de couleur ton sur ton et du fil doré. Pas de fil de laiton pour ce travail, il apporterait trop de rigidité, de redondance avec les branches.
“La nuit” exposition 2024
La nuit trop blanche plus souvent grise comme ses chats. Chapelets. Égrener mes litanies d’insomnies. Nuit noire espoir.
Des perles comme des lunes, l’histoire s’est perdue. Obsession de phalènes. J’aime tant le mot.
Constellation. Mon manteau de nuit. Filer.
Recherche de la texture charbon. C’est difficile de trouver un beau noir en céramique, je le veux profond, pas de miroir nocturne.
L’idée du souper de minuit, gothique et burlesque à la fois m’enchante.
“Les inquiétudes” expo 2022
Vagues impalpables. Fugaces aussi.
Les inquiétudes ne disent pas toujours leur nom, n’ont pas vraiment de forme. Des fantômes.
Dans nos mains elles ont pris corps, se sont faites douces et réconfortées.
Des cailloux, des mots dessous.
Ces fleurs là, qui, silhouettes légères toutes suspendues et prisonnières qu’elles sont, nous enlèvent.
Celles-ci sont des ombres engrossées, menaçantes, pleines et obscures, quand d’autres s’échappent de leurs casiers.